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Extrait de l'ouvrage " A l'ombre du Mirabellier " de Fernand ROUSSELOT (Couarails et chroniques lorraines)  - RIGOT et Cie - Editeurs à NANCY - 1930

Connaissez-vous le village de Raon-les-Leau, halte ravissante du touriste, au pied de la pente raide conduisant au Donon, agglomération minuscule, qu'un simple pont jeté sur la rivière sépare de Raon-sur-Plaine et du département des Vosges ?

 

Par le fait du traité de Francfort le territoire de Raon-les-Leau tomba de 1300 à 150 hectares. Près de 1200 hectares de magnifiques forêts furent brutalement arrachés à la commune et attribués au village voisin, Grandfontaine annexé par les allemands.

 

Depuis cette époque et en dépit du Traité de Versailles qui ne corrigea pas la spoliation de 1871- le budget de la commune a dû être, non pas équilibré, mais constitué et alimenté par le département de Meurthe et Moselle. Ainsi, Raon-les-Leau se trouve-t-il, depuis plus d'un demi-siècle, réduit à la mendicité.

 

Pendant plusieurs années, cependant, le village ajout d'une prospérité relative, grâce à des ressources, assez singulières, à des taxes, aussi ingénieuses qu'illégales établies par un de ses anciens maires, le regretté M. SIMON. Un type remarquable, cet administrateur.

 

Il avait été brasseur, un de ces petits brasseurs de campagne auxquels les procédés nouveaux de fabrication de la bière devaient porter un coup fatal. Bon vivant, aimable homme, grand chasseur,-un tantinet braconnier,- il accepta le mandat que la confiance de ses administrés lui avait accordé. Immédiatement, il se trouva aux prises avec des difficultés financières inextricables.

 

Avant que la loi de séparation ne fût appliquée, le département subvenait aux besoins de l'église et du presbytère, sans préjudice des autres dépenses, puisque, répétons le, la commune ne jouissait plus d'aucun revenu. Le concordat aboli, le département serra les cordons de la bourse. Ce fut la misère Il fallait trouver des ressources. Le brave Père SIMON les trouva.

 

Les territoires enlevés à Raon-les-Leau, et attribués à Grandfontaine devenu allemand, étaient, nous l'avons dit, plantés de forêts. Ces forêts se trouvaient situées sur le versant de la montage, face à Raon. Les Allemands, exploitant les coupes, se trouvaient dans l'obligation, pour faire passer leurs charrois, d'emprunter un unique chemin, appartenant à la commune de Raon les Leau et entretenu par elle.

 

Les annexes du traité de Francfort prévoyaient d'ailleurs ce libre passage en transit de grumes par Raon-les-leau, ainsi que le passage ; non moins libre, des forestiers allemands. Nombreux sont encore, dans la région de la plaine, ceux qui se rappellent avoir vu les habits verts, ceinturés et bottés, portant la carabine, la crosse haute.

Plusieurs fois, les marchands de bois allemands et les charretiers s'étaient plaints que la commune n'entretint pas convenablement le chemin en question.

Le père SIMON, saisi de leurs récriminations renouvelées, se dit un jour : “Ils ne sont pas si malins que ça,  les allemands... Ils sont obligés de passer en territoire français sur un chemin de la commune pour emmener leur bois...Si je les frappais d'une taxe : 5 ou 6 francs du mètre cube, par exemple !...

Nous n'avons pas de sous... le produit de la taxe serait versé dans la caisse de la Commune. . . “

Il va sans dire que le maire s'abstint de prendre conseil des agents de l'administration. De gaîté de coeur, il assuma pour lui-même les responsabilités éventuelles de son initiative. Et voici ce qui se passa :

 

Un beau matin, les exploitants allemands arrivèrent avec leurs chariots chargés de bois. Les voitures se trouvaient à quelques centaines de mètres de la commune puisqu'elles durent s'arrêter devant une tranchée profonde, large de trois mètres et coupant le chemin dans toute sa largeur. Gros émoi. Les chefs de coupe, les charretiers et les forestiers allemands tinrent conseil. lls décidèrent de combler la tranchée. Mais le garde champêtre veillait.

“Défense de travailler et de passer, dit-il, ordre de Mr. Le Maire.”

Force fut aux voituriers de dételer leurs bœufs et de décharger les bois sur le bord du chemin.

Saisi aussitôt de l'incident, le Gouvernement allemand adressa une note comminatoire au Gouvernement français. Il y eut enquête,  contre-enquête,  échanges de rapports entre Strasbourg, Berlin et Paris. Plusieurs fois le Maire de Raon fut convoqué à la Préfecture de Meurthe et Moselle. Il ne répondit pas aux convocations. Des agents de l'administration vinrent à Raon-les-Leau.

Jamais ils n'auront la bonne fortune d'y rencontrer le maire. Chaque fois qu'un de ces fonctionnaires était signalé, le père Simon disparaissait en forêt avec son fusil. A remarquer qu'il ne braconnait que sur territoire annexé. Le nombre de cerfs, de brocards, de lièvres qu'il y abattit est incalculable.

"Les bêtes-là, disait-il à qui voulait l'entendre, s'ennuient sur le Donon et dans les bois de la Sarre-Rouge. Elles n'aiment pas les allemands ; elles attrapent la “grité”. C'est pour ça que je m'en vais les rechercher avec mon  fusil !...”

Tout de même un jour vint où, le Gouvernement de Berlin ayant obtenu gain de cause, les gendarmes de Cirey arrivèrent, dressèrent procès-verbal et firent procéder au rétablissement de la route. La nuit qui suivit ce travail, le chemin était de nouveau coupé et le garde champêtre, ayant repris possession de son poste, répondait, impavide, aux injures des voituriers impuissants : “ J'ai reçu de M. le Maire l'ordre de défendre la tranchée...Personne ne passera...pour le reste, vous pouvez dire ce que vous voudrez...Nix comprendre !

 

Ce fut alors un nouvel échange de notes par voie diplomatique. Pendant ce temps, les bois demeurés en forêt se piquaient. Les gendarmes de Cirey revinrent, dressèrent encore une fois procès-verbal et firent remette le chemin en état de viabilité. Le lendemain, le chemin était coupé.

 

Se rendant compte qu'ils ne pourraient arriver à fléchir l'obstination du maire, les exploitants allemands, gens pratiques, décidèrent de ne point pousser l'expérience plus avant. lls retirèrent leur plainte et entrèrent en pourparlers amiables avec le Maire de Raon.

Entres bonnes gens, l'on s'entend toujours. lls acceptèrent de payer un droit de péage pour tous leurs bois de la forêt. Ainsi, pendant des années, le budget de Raon-les-leau se trouva alimenté par le vainqueur.

 

L'histoire, rigoureusement exacte, méritait, certes d'être contée. Elle est à l'honneur du père SIMON, maire Lorrain, qui ne manquait ni de cran ni d'esprit et qui put dire, non sans fierté, entre deux chevreuils abattus dans  “leurs” bois :  “”Je les ai eus !””




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